• OLÀ BRASIL !!!

     

     

    L’Atlantique Nord et ses dépressions sont loin derrière. L’alizé de Nord Est me pousse vers la Zone Inter- tropicale de Convergence, la ZIC, ou pot au noir. Vents faibles, scotché sur l'eau, voiles légères, grains. Pas raisonnable l'envoi du spi. La bulle a failli y rester.

    Et la pêche ? Zéro, Rien, Nada, malgré le matériel et les conseils, exceptés quelques poissons volants ramassés au matin sur le pont.

    Curieuses bestioles que ces exocets au besoin irrépressible d'aller voir, de prendre l'air, de voler plusieurs centaines de mètres avant de plonger, au hasard, sans maîtrise du vol. Un oubli, une erreur dans la chaîne de l'évolution ?

    Rien, sinon le bleu infini et profond de l'océan

     

     

     

     

     

    26 jours de mer !                                               15 jours, 3 semaines, 1 mois...

    je ne fais plus la différence. L'escale? Ailleurs, plus loin...vivre encore l'immensité océane complice et hostile. Lunes, soleils, étoiles, couchers, levers, moments uniques chaque jours répétés, pour moi seul, largué dans l'univers salé.

    Semaines au large, identiques et différentes, sans monotonie jamais où le corps intègre la partition que la mer et le vent jouent sur l'homme et son bateau, à la fois havre et tanière.

    Premières lumières. Les lueurs de la ville remplissent l'obscurité et m'accompagnent dans ma descente sur BAHIA. La nuit est longue, les grains violents obligent à la manœuvre. Au petit matin l'urbanisme monstrueux de la mégalopole explose au regard.                                                            Fascinant.

     Mon quotidien azuréen s'efface devant le décors fantastique de BAHIA sous les feux d'un levant incendiaire. La baie s'ouvre à moi, lumineuse sous le ciel du NORDESTE. Abri naturel, la BAIE DE TOUS LES SAINTS et SALVADOR en particulier est à l'origine de l'histoire du BRÉSIL, notamment avec la traite négrière. Aujourd'hui encore, la métropole est peuplée à 80% de descendants d'anciens esclaves.

    LA BAIXA, la ville basse s'étale sous mes yeux, magnifique et miséreuse où les ruines somptueuses des anciens bâtiments coloniaux jouxtent la tristesse délavée des immeubles de bureaux des années 70.

    L'aisance, voire l'opulence côtoie la pauvreté, la misère. Pour vivre, survivre?, le commerce règne en maître, gadgets et colifichets divers, cosmétiques, nourriture, boissons, tout se vend. Le café, depuis un charriot en bois à la figure de camion ou de bateau, l'eau en boites isothermes rafistolées, sous le bras ou sur la tête, gobelets en plastique dans l'autre main, fruits, glaces, disques disposés sur le dessus d'un landau en bois garni de baffles tonitruantes, plats cuisinés, dans leurs barquettes en alu, depuis le coffre des voitures, jus de fruits frais, coco décalottés à la demande, une paille, et on part, le ballon dans la main, jus de canne à sucre extrait de cannes épluchées et broyées dans un cylindre mu par un moteur pétaradant.

     

    Vie active, bruyante, grouillante et chaleureuse.

    Et il y a la rue, celle des placiers et des horodateurs. Les premiers, autoproclamés, s'attribuent une portion de chaussée et guident, moyennant quelques réals, les automobilistes vers les stationnements disponibles, qu'ils auraient trouvés de toute façon.

    Arrive l'horodateur, officiel celui là avec son gilet fluo, carnet à souches dans la main, il distribue les tickets et encaisse, le tout dans une relation bon enfant entre les 3 protagonistes.

     

    Le calme enfin, après la frénésie de SALVADOR, au mouillage devant la mangrove, j'ai changé de monde. La remontée du RIO TAPEROA qui mène à CAIRU à travers un dédale de bancs de sable et de pièges à poissons montre un autre monde. Celui des pêcheurs dans leurs pirogues monostyles, des lanchas bigarrées qui sillonnent le rio, d'un village l'autre.